Au titre du florilège de la bêtise rugbystique, le Télérugby du dimanche matin sur TF1 constituera certainement le record le plus difficile à battre de cette coupe du monde. Avec la crétinitude (sic.) de Thierry Gilardi, sans doute.

Je retiendrai entre autres l'analyse calamiteuse du match non moins calamiteux des français : "Ra ! Ra ! Ra ! on Gagnera !", avec production de poncifs au kilomètre, et d'erreurs sur les règles (on plaque en-dessous des épaules, messieurs de TF1, pas en-dessous de la ceinture !)

Et je ne vous parle pas des atermoiements nationalistés bêlés à qui mieux mieux sur le stress de ces pauvres français avant le match et qui leur a filé des moufles en guise de mains. Noyés dans la pression, pour un rugbyman, normalement doté d'une panse à bière indépendante, ça fait pas sérieux !



Pas de commentaire non plus sur la belle stratégie des argentins qui ont systématiquement - et volontairement - fait grincer la charnière et coupé les extérieurs des français, en prenant tous les risques.

Rien même sur la défense héroïque des avants argentins sur leur ligne.

Rien enfin sur leur (fine) analyse qui a consisté à taper des chandelles sur le pauvre Heymans qui n'avait plus joué arrière depuis les juniors (bien joué, M'sieur Laporte, vous nous avez grillé un merveilleux ailier, et aussi Poitrenaud, arrière désavoué par sa non séléction alors qu'il est le seul spécialiste du poste).

A l'arrivée : ARGENTINE 17 - FRANCE 12, un match plein de fautes, de coups de pieds, plus gai pour les spectateurs que des catacombes un soir de Toussaint.

Et un engouement populaire qui prend un coup de froid, ce qui est une bonne nouvelle pour le rugby, sport minoritaire par nature, et une très mauvaise pour le marketing et le pognon des sponsors, majoritaire par nature, mais c'est un autre sujet...



Le plus beau match fut incontestablement l'opposition Samoa - Afrique du Sud. Et si l'arbitre n'avait pas estimé que la violence gratuite fait encore partie du jeu de rugby, le destin des deux équipes eut peut-être été différent, et le score sûrement moins avantageux pour les sud-africains.

Au moment des hymnes, les samoans étaient nombreux à laisser une larme, voire deux, couler. Puis a suivi leur haka, le Siva Tau, d'évidence nettement moins sentimental, même sans connaître le moindre mot de samoan.

Par la suite, les Springboks ont répondu à des placages (très) virils, mais corrects, par des coups vaches (trop) virils, mais interdits : Burger nous a inventé la charge "coude en avant" dans les basses-côtes, l'ailier bok le "raffut poing fermé", et Os du Randt le "piétiement du boeuf sudaf"... Bien aidés par un arbitre qui refusa un essai parfaitemement valable aux iliens, les sudafricains finissent par prendre le dessus au score, si ce n'est au placage : AFRIQUE DU SUD - SAMOA : 59-7

A noter la brève apparition de Brian Lima, 36 ans et 5 coupes du monde au compteur, qui fit une apparition de 4 minutes, un placage désintégrateur, et qui se sonna bel et bien sur le coup !

Et aussi, la présence dans les tribunes (un dimanche !!!) de Michael Jones, légendaire joueur des All Blacks d'origine Samoane, qui refusa une demi-finale de Coupe du Monde, car un dimanche, c'est réservé à la Messe... Et on ne rigole pas avec ça, même pour du rugby, dans l'île des guerriers du pacifique.



Au titre des beaux matches surprenamment accrochés mais pourris par un arbitrage sans nom : à Lens, ANGLETERRE - USA: 28-10

Face à des anglais mous du genou, les nord américains ont démontré de belles valeurs, présenté une troisième ligne conquérante et un jeu plaisant où ils ont tout osé, même la relance dans leurs 22 !

Après une splendide cravate sur Mike Hercus, décidément increvable, Phil Vickery s'est fendu d'un splendide croche-pied (qui mérite a minima un jaune) sur un trois-quart américain qui filait a l'essai.

La physionomie du match eut été toute autre si, en toute justice, les point avaient été accordés aux Eagles, et Vickery sorti pour 10 minutes. A noter que Vickery a été sanctionné, a posteriori, par deux matches de suspension pour ce vilain tackle digne d'un footballeur...

Deux essais anglais sont marqués dans le quart d'heure suivant alors que l'arbitre a jugé bon de faire jouer les américains à 14 pour une... faute technique au sol...

Pourtant, ce match laisse penser que la création d'un tournoi américain pourrait bien être la solution à la fermeture du Tournoi des 6 nations et du Tri Nations aux jeunes pays de rugby. Canada, Argentine, USA et Japon sur un tournoi, ça aurait une certaine classe.



Brêves :

CANADA - GALLES : 17-42 ou les bûcherons menaient pourtant 17 à 9 à la mi-temps.

ECOSSE - PORTUGAL : 56-10 avec une belle résistance des amateurs portuguais (et une interception injustement refusée)

AUSTRALIE - JAPON : 91-3 promenade australienne contre l'équipe B du Japon qui se préservait pour son match de mercredi

NOUVELLE ZELANDE - ITALIE : 76-14 aïe ! aïe ! aïe ! Et encore, si les italiens avaient été mauvais...



Et pour finir par une petite histoire, il semble que Domenech considère le Parc des Princes réservé à vie pour le football : il se plaint de devoir modifier son schéma tactique sur une pelouse abîmée par ces brutes de rugbymen. Qu'il aille voir où le Cameroun s'entraîne, et il nous expliquera si ça gênait Roger Milla pour jouer au ballon.



PS : ce soir l'Argentine a péniblement battu la Géorgie. De là à croire que les français ne sont pas si forts que cela...